La campagne autour de l’origine des produits marocains prend désormais une dimension numérique en Espagne. Avec Patriorigen, les consommateurs peuvent scanner directement un code-barres depuis leur téléphone pour consulter les informations disponibles sur la provenance d’un article vendu en grande surface.
Selon les chiffres avancés par les responsables du projet et relayés par plusieurs médias espagnols, la plateforme aurait dépassé les 120.000 utilisateurs quelques jours seulement après son lancement. Elle avait déjà revendiqué plus de 50.000 utilisateurs durant ses premières 24 heures.
Un scanner accessible directement sur mobile
Malgré son appellation courante d’« application », Patriorigen fonctionne pour l’instant depuis un navigateur mobile. L’utilisateur autorise l’accès à la caméra de son téléphone, scanne le code-barres du produit ou saisit manuellement les chiffres inscrits sous celui-ci.
Une déclinaison destinée à Google Play et à l’App Store est annoncée, mais le service repose encore essentiellement sur sa version web.
Pour fournir ses résultats, Patriorigen indique notamment exploiter les données disponibles sur Open Food Facts afin d’identifier l’origine déclarée ou le lieu de fabrication d’un produit.
Le code-barres ne suffit pas à établir l’origine
La principale limite du dispositif tient toutefois à l’interprétation des codes-barres. Le préfixe 611, par exemple, renvoie à un numéro attribué par GS1 Maroc, mais ne prouve pas nécessairement qu’un article a été fabriqué sur le territoire marocain.
Une entreprise peut obtenir un code auprès d’une organisation GS1 située dans un pays alors que la production, la transformation ou le conditionnement sont réalisés ailleurs. Le code-barres constitue donc un indice d’enregistrement et non une preuve automatique du lieu de fabrication.
Patriorigen reconnaît cette limite et indique vouloir affiner progressivement ses résultats, notamment pour les produits dont les chaînes de production impliquent plusieurs pays.
D’autres outils apparaissent en Espagne
Patriorigen n’est pas une initiative isolée. Plusieurs projets reposant sur des principes similaires apparaissent parallèlement sur le marché espagnol.
Le prototype NoMa doit, par exemple, croiser la lecture du code-barres avec certaines informations présentes sur l’étiquette pour rechercher d’éventuels liens avec le Maroc. Le projet n’était toutefois pas encore disponible sur les principales boutiques d’applications au moment des premières annonces.
Mercabien adopte une autre approche. Cette extension pour le navigateur Chrome fonctionne avec la boutique en ligne de Mercadona et ajoute des indications permettant de distinguer les produits identifiés comme espagnols, marocains ou dont l’origine reste incertaine. Il s’agit d’un projet indépendant, sans affiliation avec l’enseigne.
Du débat sur les étiquettes au smartphone
L’apparition rapprochée de ces services marque une évolution dans les campagnes espagnoles consacrées à l’origine des marchandises. Là où la vérification reposait auparavant essentiellement sur la lecture des étiquettes ou sur des listes partagées sur les réseaux sociaux, elle peut désormais être effectuée directement pendant les achats.
Leur développement intervient dans un climat où la provenance des produits marocains fait l’objet d’une attention croissante de la part de certains consommateurs et groupes appelant à privilégier la production espagnole.
Pour autant, le nombre d’utilisateurs revendiqué par Patriorigen ne permet pas, à lui seul, de mesurer les conséquences sur les ventes ou les exportations marocaines.
Un impact commercial encore impossible à mesurer
L’éventuelle disparition d’un produit d’un rayon ne peut pas davantage être attribuée automatiquement à ces campagnes numériques. Les changements d’approvisionnement peuvent découler de nombreux facteurs : choix commerciaux des distributeurs, saisonnalité, disponibilité des marchandises, prix ou contraintes logistiques.
Aucune conclusion ne peut donc être tirée sur un éventuel impact économique sans données provenant des enseignes, des exportateurs ou des organismes compétents.
Patriorigen témoigne néanmoins d’un changement de méthode. Le débat autour de l’origine des produits marocains quitte progressivement les seules plateformes sociales pour entrer directement dans les habitudes d’achat, smartphone à la main. Reste à savoir si cette mobilisation numérique se traduira durablement dans les comportements des consommateurs espagnols ou restera essentiellement un phénomène de réseaux sociaux.


